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Colloque Sentimental (Verlaine, Fêtes galantes)

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l’heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

-Te souvient-il de notre extase ancienne?
-Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne?

-Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?
Toujours vois tu mon âme en rêve? -Non.

-Ah! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches! -C’est possible.

Qu’il était bleu, le ciel, et grand l’espoir!
-L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

Je lui ai dit au revoir. Aujourd’hui c’est jour de pluie, le bruit dehors qui ne s’arrête pas, battant la tôle froissée et le goudron boueux, l’herbe rare et le feuillage lassé des brises automnales. Je lui ai donné tout ça, un baiser doux comme un morceaux déchiré de soie. Sur sa joue sèche, sous ses yeux morts, j’ai embrassé le cadavre.

Aujourd’hui tout s’est joué du temps comme de moi. Tout est passé derrière sans que personne n’arrête, ni l’ascenseur, ni le manège. Ni le petit jouet qui roule, et roule sur le carrelage toujours plus loin vers son gouffre.

Dieu, oh mon Dieu ma montre ne s’est pas arrêtée.

Il est 18h30.

Alors, qu’il pleuve sur le temps qui passe. Je m’en fous. Réveil, éveil, insomnie, que m’importe peu que tout soit éphémère, la souffrance et la haine, la joie ou l’horreur, la peur, que m’importe cette voix qui me dit, de grain de sable en grain de sable : “Il est trop tard”. To late. Dit la lumière rouge qui clignote “exit au dessus de la porte. Ce matin, on annonçait encore que le vent allait bientôt se lever. On annonçait l’orage, la neige, partout sauf ailleurs qu’ici, et puis là, en fait. Je ne sais pas. Dans un conte, le ciel est noir, plein d’étoiles, avec une forêt terrifiante et des branches noires qui griffent la pâleur lunaire. Parfois, même, il neige, et une goutte de sang est une porte vers l’enfer. Le givre, c’est un terrain vague, un instant entre le matin très tôt et le soir, au crépuscule de chaque moment de vie. Le givre. Le givre et attendre là. Sous la neige.

Pour tes yeux bleus tu choisira.

Même s’ils étaient noirs.

Tu vois, tu es vite parti. Ta silhouette dans la rue, qui part très loin, et qui disparait, elle m’a hanté longtemps. Longtemps. Maintenant tu es parti. Je cris victoire. Tu es parti. Même si tes yeux étaient noirs.

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Aujourd’hui. C’était ça.

Amitiés,

Phileas Salamandre

Toutes les histoires commencent par “Il était une fois” et se terminent bien. Toutes les histoires finissent dans le rose, dans le bleu, dans de jolies couleurs plus ou moins niaise pour ne pas attrister les enfants, ces petits monstres insolents qui n’attendent rien d’autre de la vie qu’être heureux, tout le temps et en tout lieu.

Oui, toutes les histoires sont comme cela. Un début, une vie, une fin, un terme et beaucoup de choses après. Parfois, même, un peu de poésie. J’ai une légère tendance à détester tout ce folklore un peu vieillot, toutes ces jolies choses, ce bleu, ce rose, toute cette lumière aveuglante. Nous autres ne vivons que par celui qui nous détient. Du plastique, une poubelle, un humain.

Je suis née comme toutes les feuilles de papier, dans une grande usine, dans un grande bassine, avec un peu de bois et beaucoup de chimie. Vous excuserez l’absence de la recette complète, elle est inscrite au dos d’une lointaine cousine à moi dont je n’ai plus de nouvelle depuis bien longtemps.

Ensuite, j’ai été séparée des autres, de mes sœurs, par une lame, comme l’on vous coupe le cordon ombilical. C’était une naissance violente, l’arrivée triomphale de la lumière pour la petite poussière insignifiante que j’étais. Il faut lui apprendre la vie, à cette petite, lui couper ce qui fait sa toute petite force. On commence par baver, bafouiller, on crie un peu quand on parle aux autres. On commence à rêver. Dans le grand paquet en plastique, on ne sent pas ce qu’il y a dehors. Bien sûr, on voit des gens, leurs mains parcourant nos frêles petits corps, on a un peu peur d’un destin tragique.

Un destin, donc, qui nous fait à la fois peur et envie. Celui de cette cousine, choisi par un poète un peu maudit pour servir de brouillon à une œuvre qui ne naitra jamais, accueillant sur son dos des mondes d’abstraction et des merveilles de beauté, assurément, ce destin tragique – la corbeille à papier – je m’en serai bien contenté.

On a toutes entendu la fin si romanesque de cette feuille de parchemin, jadis, servant à ce nouveau Werther d’un ultime soupir, et accueillant sur sa poitrine ouverte, après la mise à mort, le sang du pauvre amant.

La poésie, aussi, est un destin enviable, le meilleur qui soit, ne jamais mourir, relié en cuir, pour l’éternité au sommet d’une antique bibliothèque, on espère toutes arriver jusque là. On peut être, après, difficile sur le style, préférer les contes de fées à l’ennuyeuse philosophie, choisir Grimm face à l’inutile Descartes, adorer Proust et haïr Balzac. On veut toutes, par dessus tout, avoir le pouvoir de choisir.

Terminer sur un mur, comme l’esquisse d’un paysage, au pied d’un sapin, enrobant un présent, sous les yeux d’un ministre, l’orgueil du pouvoir, sous la main de l’imprimeur, et finir en ouvrage.

J’ai connu autrefois une page de dictionnaire, la malheureuse se trouvait à la page d’Adolf Hitler. Ou encore celle-là, transformée par la bêtise en un stupide programme politique.

Nous avons toute un rêve. Ma sœur la plus proche a exaucé le sien, avoir sur son corps la pierre blanche de l’histoire, servir à ces humains d’une indispensable mémoire.

Le mien est tout autre, mais pas moins magnifique. Moi, petite feuille de papier parmi les feuilles de papier, j’aimerais être un jour une lettre d’amour. Oui, mais j’attends toujours parmi les autres le beau jeune homme qui me choisira. Qui écrira. Qui aimera sur ma peau un être à qui il m’enverra. Servir deux fois, à deux êtres inestimables, à l’un d’aveu, à l’autre de révélation. Moi, porteuse d’un message inébranlable.

Le but, le notre à toutes, c’est de ne pas finir déchirée, dans une corbeille à papier, comme celle-là, devant moi, dont on vient d’entendre le douloureux déchirement, capturée par une main dont je n’ai même pas vu la couleur.

Mon tour arrive. C’est dans ces moments que l’on a peur. Une main un peu boudinée s’approche de moi. Allons, ne soyons pas difficile sur le physique, c’est le message qui compte, d’autant que ce visage frustre et gras ne m’en donne pas le choix. Disons une femme d’une cinquantaine d’années, un désastre capillaire, décorée de chers bijoux et fronçant des sourcils que je trouverais bien trop fournis si j’étais par trop malpolie. Sa bouche, d’où sort un étrange grognement, semble renfermer d’affreuses dents jaunâtres et pointues ; une ogresse, en somme.

Sa main s’empare d’un stylo à bille rouge. Non, pitié, pas de rouge pour une lettre d’amour! Elle semble réfléchir – froncement de sourcils – et un air rêveur illumine son visage. Je ne m’étais donc pas trompée, cette affreuse mégère peut cacher un cœur d’or.

J’imagine déjà le glorieux début, et devine la lointaine jalousie de mes sœurs.

“Mon cher Amour…”

Ou peut-être encore:

“A toi, que j’aime tant…”

Mais le stylo s’approche et commence à tracer des lettres, puis des mots.

“Oranges, lait, œufs (urgent), croquettes pour Mistigri, savon, lessive, pinces à linge, éponge (l’évier est sale)”

Voilà un autre destin. Ni magique, ni tragique, tout juste un peu pitoyable. Et au loin, au lieu de soupirs d’admiration je crois entendre des rires moqueurs.

Et sous l’oeil indifférent de la méprisante ménagère, je brise le grand rêve d’être un jour la clarté immuable d’une lettre d’amour.

Comment définir le concert parfait en deux mots: Amanda Palmer. Tout d’abord, en arrivant au bikini avec seulement une demi heure d’avance, on s’attendait à faire la queue. Surprise, et plutôt mauvaise surprise, nous somme stupéfait de ne voir que six personnes devant les portes encore fermées. Je savais que le concert n’était pas complet, je ne savais pas qu’il était vide. On avait un peu honte, à Toulouse, hier soir, de l’accueil froid qu’allait recevoir la dame, en sachant tout autant que ce spectacle serait inoubliable. On rentre cinq minutes plus tard, rejoint par quatre autres personnes, comme nous interloqués du peu de monde présent à cet évenement. Ce n’est pas tous les jours que l’on peut voir dans une petite salle la charismatique chanteuse du groupe The Dresden Dolls, accompagnée elle-même par les délirants comédiens de The Danger Ensemble. Puis petit à petit, une petite foule arrive, formant un public un peu moins ridicule que la dizaine de personnes massées à la porte avant l’ouverture. Mais la salle reste tout de même aux trois quart vides.

Puis un huluberlu maquillé et habillé grande époque s’avance sur la scène : “Hello, my name’s Steven”. Le maitre de cérémonie, dans un style Cabaret, nous annonce la première partie, en la personne de Miss Edith, délirante chanteuse et sa poupée muette. Elle s’avance, un peu timide, sur scène, prend sa guitare, et commence une chanson énergique, et révèle un personnage hors du commun. Mais dans l’univers Amanda Palmer, on commence à s’y habituer. Après un set court et efficace, fait de chansons en anglais ou en français, elle s’en va sous les timides aplaudissements du public.

Steven revient, il a une mauvaise nouvelle “Amanda Palmer is dead”, “ooooooooooh”. Le violoniste Lyndon s’avance, et joue une longue plainte pendant que la voix de Neil Gaiman déclame dans les hauts-parleurs un discours d’enterrement (le dos de l’album Who killed Amanda Palmer). Le reste du Danger Ensemble arrive, visages défaits, puis vient un montage sonore où raisonne, fantomatique, la voix d’Amanda. L’éclairage se change, une lumière rouge envahit l’atmosphère. Un silhouette voilée arrive de derrière le publique. On la porte jusqu’au piano, la silhouette se dévoile, c’est Amanda, qui enchaine directement avec “The Astronaut“.

Magique, magistral, on ne trouve plus les mots pour qualifier ce concert véritablement hors du commun , hors des normes, et qu’on aurait aimé suivre toute une vie. Pendant un temps, on peut échapper au monde et oublier tout : nos problèmes, nos ennuis, et puis tout ce qui fait que ce monde est pourri. Vient une chanson au titre inconnu, une valse enivrante aux accents cabaret, portés en piano – voix/ violon, qui nous fait revivre un air de grande époque. Et les chansons s’enchainent, “coin-operated boy”, “strength trough music”, la quasi totalité de son album, et quelques extras.

Ainsi nous avons eu droit à une reprise de Françoise Hardy, “Tous les garçons et les filles de mon âge...”, chantés avec candeur, et le surprenant “Half Jack“, précédé pour l’occasion d’un délire victorien violon/piano, une improvisation qui nous rappelle de façon cinglante ce qu’est vraiment la musique, quelque chose qui doit être habité, hanté, qui doit heurter, faire rire et pleurer. Pendant 10 minutes qu’à durée cette version de la chanson de The Dresden Dolls, nous étions tous soufflés. “Wow” à été notre seule réaction.

The Danger Ensemble, dans tout ça? Partout, tantôt burlesque, baroque, tragiques, il nous font revivre le cabaret, le théâtre comme il doit être fait. “Un bisou pour un sou” disait une pancarte pendant “coin-operated boy“, pendant qu’ils passaient dans la “foule” et évitaient les foudres de leurs femmes respectives. Des étudiants otages pendant “strength trough music”, chanson sur colombine, danseurs sur le play back de “umbrella” de Rihanna, ils jouaient à tous les rôles, goutaient à tous les plats, il étaient délirants, magnifiques, drôles, tristes, baroques… et portaient les chansons d’Amanda avec une intensité propres aux très bons acteurs.

Les rappels, après avoir eu, en bonus, un play-back d’Amanda Palmer sur la chanson de Rihanna, le tube “Umbrella“, nous avons droit à un monument de la chanson française “une des plus belles chansons du monde” a-t-elle dit, “Ne me quittes pas” de Brel. Casse gueule, Brel, Mais là où tous les chanteurs français se sont ratés, c’est une américaine qui réussi son pari. Elle chante Brel en ayant compris le poids des mots, le sens des phrases et cette maladresse des amants, aidée peut-être par son accent.

Elle termine le concert avec “creep” de Radiohead, au ukulélé, sans micro, dans une ambiance intimiste, on termine ce spectacle sur une note joyeuse.

Le concert parfait? Ce serait réducteur de le qualifier comme telle, ce concert, ce spectacle était délicieusement imparfait, joyeusement absurde, et surtout, comme tout un ciel de rêve, nous étions sur un grand nuage, loin du monde, en compagnie de la grande Amanda Palmer et The Danger Ensemble. Retenez ce nom, on en entendra parler.

“She lives for ever”

A la fin du concerts, séance dédicace. Et là encore, on est stupéfaits par sa simplicité, sa gentillesse, sa douceur, prenant chacun comme un de ses amis, on voit clairement qu’elle est heureuse d’être ici, elle le montre, et on le reçoit avec beaucoup de plaisir. Sorti de là, on n’a qu’une seule envie: y retourner la prochaine fois qu’elle passe dans notre ville.

Liens:

Miss edith

Amanda Palmer

Tendre insomnie,

J’essaie vainement de te vaincre alors qu’il suffirait seulement de te parler. Alors je t’écris. Dans le silence, je n’entends que ma plume comme un étonnant vacarme. Ma plume, et le chauffage qui s’allume, puis s’éteint, puis se rallume… L’indécis, à la fin de l’hiver, ne sait plus où aller.

Des fois, quand il pleut, j’entends le ruissellement des gouttes sur le toit. Ou le vent d’une tempête, ou le grondement d’un orage. De temps, en temps, même, une voiture passe, alors je me plais à imaginer ce que ce quidam égaré faisait encore dehors à trois heures trente-cinq du matin. 3h35, j’ai remarqué qu’il y avait chez certains écrivains une phobie du chiffre, alors j’emmerde la phobie. 3h35 du matin, une voiture passe devant le 26, allée des alouettes, 31000 Toulouse.

Mais cette nuit, rien. Ma plume et le chauffage. Je dis “plume” parce que ça fait beau dans un texte. Parce qu’en fait, je n’ai dans la main qu’un porte-mine en fin de vie, que je ménage de plus en plus pour ne pas manquer de munitions avant la fin de cette lettre. Le porte-mine souffre, mais c’est comme ça, on est guerrier ou on ne l’est pas. Ce détail te parait peut-être inutile, mais cela explique le vacarme. Pas le bruit du chauffage.

Ce qui est dur, avec toi, c’est que l’on est capable de se focaliser sur du vide. Ainsi, quand le jour se lèvera, on dira, sans rire : “le chauffage m’a empêché de dormir.” Alors qu’au fond, pensons-nous vraiment une telle absurdité?

Là, cette nuit, j’essaie vainement de te vaincre en cherchant tout aussi vainement ce qui m’empêche de fermer les yeux et de rêver. Mais je n’ai à l’esprit qu’une forêt de mots et de noms disparates dont il me faut en censurer l’importante moitié. Vais-je seulement guérir de cette obsession? Nous verrons. Seulement, à 4h12 du matin, je ne dors toujours pas.

Tendre insomnie, c’est en ces mots plus ou moins inutiles que je te demande de me quitter. Je crois que le divorce est inévitable, plus la nuit avance, plus la page se noircit, plus mes paupières sont lourdes. J’espère de tout coeur que tu trouvera meilleure proie à pourchasser. Je te souhaite une bonne nuit.

Bien à toi,

Hector.

Premier roman de Mathias Malzieu, après le recueil de nouvelles 38 mini westerns

Mathias Malzieu, chanteur du groupe Dionysos, derrière la plume, dans le costume d’un écrivain. Et pas seulement dans le costume, car il EST écrivain, un de ces artistes qui sont tou en même temps, et qui, en plus, ont du talent. Il signe ici son premier roman, Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, dédié à la mémoire de sa mère. Car ce livre est ce que l’on appelle une autofiction. Une fiction inspirée de fait réels et surtout autobiographiques. Amélie Nothomb est désormais la reine du genre, avec notamment La métaphysique des tubes, ou encore Ni d’Eve, Ni d’Adam, elle explore sa vie en grossissant volontairement certains traits de caractère des personnages, invantant sans doute des situations grotesques voire délicieusement absurdes. Sauf que Mathias Malzieu à décidé de faire de cette histoire (la sienne), un conte de fée.

Mathias, environ la trentaine mais toujours enfant, viens de perdre sa mère. Sur le parking de l’hôpital, il va faire une étrange rencontre, celle de Giant Jack, docteur en “ombrologie“, soigne le deuil, le chagrin, par les ombres, et les livres. Ce géant maladroit lui tiendra compagnie, le fera rêver, rire, pleurer parfois, et surtout, surtout, il gagnera grace à lui en maturité. C’est le deuil qu’il faut quitter pour vivre encore, et toujours rêver.

On trouve dans ce livre un style aérien, d’une liberté rare en littérature, puisqu’il prend toujours le partie de la beauté du texte, et sacrifie parfois le sens. Mais qu’importe, puisque c’est le rêve, et qu’il faut rêver. Alors c’est m’absurdité qui gagne, les mots sont hauts, puis lourds de tristesse, un peu d’abandon, puis revolent dans le rire le plus franc, on passe réellement d’un rire aux larmes, du sourire à la mélancolie, ce livre est véritablement une merveille qu’il faut s’empresser d’acquérir.

Extrait:

Est-ce qu’il ne fait pas trop froid, là-bas, est-ce que tu sais les fleurs sur le toit de toi, est-ce que tu sais pour l’arbre que l’on va devoir couper, est-ce que tu sais pour le vent qui agite les volets de la cuisines et secoue ton ombre sur le carrelage?

Maintenant il fait tout le temps nuit sur toi.

Tu reçois des lettres, on les donne à lire à tes vêtements, ça ne les déplie pas. Est-ce que je peux t’envoyer un peu d’Espagne, du bon champagne et deux, trois livres, maintenant qu’ils te foutent la paix avec leurs tuyaux dans le nez et le ventre, que tu n’as plus à te forcer à manger et à décrocher le téléphone?

Maintenant il fait tout le temps nuit sur toi.

Liens:

http://www.dionyweb.com

http://miniwesterns.free.fr/

http://www.myspace.com/dionyweb >>> écoutez les chanson “Giant Jack” tirée du roman!

 

Une reprise de Jason Webley, par Amanda Palmer. C’est bonus!

Un Rêve

C’est une rue, une petite rue.

C’est calme, froid, peut-être, mais je ne le sais pas encore.

Le maître arrive, le maître arrive!

C’était une rue, une petite rue. Sur les trottoirs le sang des rats, ceux qui sont morts, hier. sur les trottoirs le sang est sombre, ceux qui sont morts, hier. Sur les trottoirs, le sang des ombres.

Une feuille morte court sur les pavés. Je me tiens debout, immobile, presque anonyme, en regardant cette feuille courir dans la rue déserte. Une odeur de suie recouvre l’atmosphère, une odeur de souffrance et de cercueil, une odeur de chrysanthèmes.

Il faut le faire, ton deuil, Phileas, il faut le faire.

Dans mes bras un corps se vide. De son âme, de son sang, de sa vie, dans mes bras, L, mon amour, s’évanouit. Puis tout se bouleverse, tout est panique puis cède enfin à la douleur. Les oiseaux rient, le corbeau meurt, le ciel se couvre, la pluie est vide.

Un oeil s’ouvre Phileas, un oeil s’ouvre.

Le deuxième, et un regard te tue.

C’est ça, l’amour, Phileas, c’est ça.

Aérien, douloureux, mortel.

Une voix s’élève du corps et crie:

“Non, fantôme, ne meurs pas!”

———————————-

Nathanaël se frotte sur ma tête. Sur mes mains il me semble sentir l’odeur du sang, de son sang, et de la rue déserte.

L’ombre d’un rideau me cache de la lumière. Le souffre et le cercueil. Le chrysanthème.

Et puis, en bas, l’ombre d’un rêve, l’ombre d’une ombre, l’ombre d’une plume. Non, un spectre de plume, à peine plus vide.

Puis, à mes oreilles de sourds arrive un son.

Le chat miaule.

C’est l’heure d’y aller, Nathanaël, ne vois-tu pas?

Le chat dors sur mes genoux. Paisible. Endormis.

Et pourtant, Nathanaël, il le faut. Tu n’entends pas les feuilles mortes qui se soulèvent?

Le vent souffle au dehors. Il fait doux, il fait froid, il fait sombre, le ciel est gris. La fenêtre tremble un peu sous une bourrasque égarrée.

C’est pour bientôt, Nathanaël, c’est pour bientôt.Car au fond, sais-tu ce que je suis?

Le chat lève la tête, alertée par le changement de ton.

Je ne suis qu’une main qui peint des cadavres. Tout juste plus qu’une plume. Aussi léger, Nathanaël, presque aussi vide.

Il fait froid, au dehors. La glace de mes songes éclate et éclabousse mon visage. C’est froid.

C’est froid.

c’est noir.

j’ai peur.

j’attends.”

Premier album solo de la chanteuse du groupe The Dresden Dolls, Amanda Palmer.

Premier album solo de la chanteuse du groupe "The Dresden Dolls", Amanda Palmer.

Et si c’était ELLE, le renouveau musical que tout le monde attend? Exaspérés par les inutiles 50 cent, katy perry et autres Britney Spears, aggréssés par les clips TV inutiles, les albums moches et sans intérêt, leur propagande publicitaire, épuisés d’entendre sur TOUTES les radio (exit fip, bien entendu), les mêmes chansons, au même moment ; ne faudrait-il pas nous tourner vers la scène alternative?

Amanda Palmer est surtout, pour ceux qui la connaissent, la chanteuse du groupe “The Dresden Dolls” qui, pour rappel, évolue dans un style “brechtian punk cabaret” (selon leurs dires) avec de sérieuses intonations pop sur certaines chansons.

C’est que cet album solo, il y a un moment qu’elle l’avait en tête, dans son grenier, elle conservait encore beaucoup, beaucoup de chansons, mises de côtés par son camarade des Dolls Brian Viglione, qui ne les jugeait pas appropriées pour le groupe. Mais c’est pendant la tournée de “Yes, Virginia” qu’elle s’est mise à concrétiser le projet. “Je crois que nous étions à Paris lorsque je me suis rendue compte que Brian et moi, nous nous tapions mutuellement sur les nerfs! A ce moment-là, je me souviens avoir pensé Ok, je ne suis pas complètement coincée, je peux toujours sortir un album solo si la situation vire au cauchemar” dit-elle dans une récente interview pour le magazine Elegy (propos recueillis par Thomas Mafrouche).

Finalement, les Dolls sont toujours les Dolls, mais chacun affairé de son côté pour divers projets, Parce que cet album solo, Amanda Palmer l’a quand même fait. Dans l’idée originale, ce devait être un simple piano-voix enregistré dans sa chambre, juste quelques ballades mélancolique et d’autres morceaux plus jazzy ou plus énervés, seulement, en cours de route, elle a rencontré le génial Ben Folds, des Ben Folds Five, et figure emblématique du piano rock (dixit wikipedia).

Alors ce qui devait être encore plus minimaliste que la formation des Dresden Dolls s’est retrouvé être un formidable chaudron à idées, et l’occasion de nombreuses rencontres. Tout d’abord, la violoncelliste Zoë Keating, de Rasputina, notament sur le premier morceau de l’album, Astronaut, Eas Bay Ray, des Dead Kennedy’s, sur Guitar Hero. Au final, c’est un album extraordinairement moderne, du jamais-entendu dans nos oreille, un tel mélange de sonorités diverses, de styles différents, entre jazz, pop, cabaret, rock, punk, que nous pouvons que remettre en boucle dans nos platines, et encore, encore l’écouter, sans jamais être rassasié tant de découvertes à faire à chaque écoute.

Astronaut ouvre le bal, morceau assez sombre, très énergique, et on sent déjà le ton, quelque chose de VRAIMENT nouveau. S’ensuit après une suite de morceaux plus étonnant les uns que les autres, un vrai cabinet de curiosités, chaque chanson étant à elle seule un univers entier. L’effet sur la voix d’Amanda dans Leeds United? “Un titre enregistré à l’arrache à Edimbourg avec quelques inconnus que je n’ai jamais revu et que j’ai payés en pizzas(…) sur un micro pourrave. En fait, ce que tu crois être un effet sur ma voix n’en est pas un” C’est effectivement ce qui manque cruellement à la musique aujourd’hui, le culot, le hasard qui créé beaucoup plus parfois que n’importe quel effort de création. On peu ainsi relever les meilleurs chansons de l’album: le très rock Guitar Hero, le mélancolique Blake Says, le très surprenant Oasis, et le très mystérieux, et très très angoissant Strength Through Music.

Who Killed Amanda Palmer se révèle un véritable bijoux, un album qui va se ranger directement dans le panthéon des album à avoir dans l’histoire du rock, et qui va hisser Amanda Palmer au rang de “prêtresse rock”, au même titre que Siouxsie Sioux.

Info Complémentaires:

A côté de cet album, un livre de photo est en préparation, métant en scène Amanda Palmer dans diverses scènes de crimes, en clin d’oeil (comme le titre de l’album) à la série Twin Peaks de David Lynch. Vous trouverez plus bas la quasi totalité des chansons de cet album en vidéo, la plupart dirigées par Michael Pope.

Tracklist:

1. Astronaut

2. Runs in the family

3. Ampersand

4. Leeds united

5. Blake says

6. Strength through music

7. Guitar Hero

8. Have To Drive

9. What’s the use of wond’rin’

10. Oasis

11.The Point of it all

12. Another Year

Ecoutez-le maintenant!

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