Colloque Sentimental (Verlaine, Fêtes galantes)
Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l’heure passé.Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles.Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.-Te souvient-il de notre extase ancienne?
-Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne?-Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?
Toujours vois tu mon âme en rêve? -Non.-Ah! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches! -C’est possible.Qu’il était bleu, le ciel, et grand l’espoir!
-L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.
Je lui ai dit au revoir. Aujourd’hui c’est jour de pluie, le bruit dehors qui ne s’arrête pas, battant la tôle froissée et le goudron boueux, l’herbe rare et le feuillage lassé des brises automnales. Je lui ai donné tout ça, un baiser doux comme un morceaux déchiré de soie. Sur sa joue sèche, sous ses yeux morts, j’ai embrassé le cadavre.
Aujourd’hui tout s’est joué du temps comme de moi. Tout est passé derrière sans que personne n’arrête, ni l’ascenseur, ni le manège. Ni le petit jouet qui roule, et roule sur le carrelage toujours plus loin vers son gouffre.
Dieu, oh mon Dieu ma montre ne s’est pas arrêtée.
Il est 18h30.
Alors, qu’il pleuve sur le temps qui passe. Je m’en fous. Réveil, éveil, insomnie, que m’importe peu que tout soit éphémère, la souffrance et la haine, la joie ou l’horreur, la peur, que m’importe cette voix qui me dit, de grain de sable en grain de sable : “Il est trop tard”. To late. Dit la lumière rouge qui clignote “exit “ au dessus de la porte. Ce matin, on annonçait encore que le vent allait bientôt se lever. On annonçait l’orage, la neige, partout sauf ailleurs qu’ici, et puis là, en fait. Je ne sais pas. Dans un conte, le ciel est noir, plein d’étoiles, avec une forêt terrifiante et des branches noires qui griffent la pâleur lunaire. Parfois, même, il neige, et une goutte de sang est une porte vers l’enfer. Le givre, c’est un terrain vague, un instant entre le matin très tôt et le soir, au crépuscule de chaque moment de vie. Le givre. Le givre et attendre là. Sous la neige.
Pour tes yeux bleus tu choisira.
Même s’ils étaient noirs.
Tu vois, tu es vite parti. Ta silhouette dans la rue, qui part très loin, et qui disparait, elle m’a hanté longtemps. Longtemps. Maintenant tu es parti. Je cris victoire. Tu es parti. Même si tes yeux étaient noirs.
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Aujourd’hui. C’était ça.
Amitiés,
Phileas Salamandre

